Depuis que la certification Qualiopi s'est imposée comme le passeport obligatoire vers les financements publics et mutualisés de la formation, j'entends, dans presque chaque organisme que j'accompagne, la même petite musique résignée : « Qualiopi, c'est de la paperasse. » On range des procédures dans un classeur, on capture trois écrans, on archive des feuilles d'émargement, et l'on espère que l'auditeur se contentera de cocher ses cases. Le plan d'amélioration de la qualité présenté le 24 juillet 2025 met fin, je crois, à cette époque. Et c'est une excellente nouvelle.

Je voudrais, dans cette tribune, défendre une idée à contre-courant du soupir général : le durcissement annoncé pour 2026 n'est pas une couche de bureaucratie supplémentaire. C'est, au contraire, le moment où le système cesse de récompenser la mise en scène documentaire pour exiger une qualité pédagogique vérifiable sur le terrain. Les organismes sérieux n'ont rien à craindre ; ceux qui ont vécu Qualiopi comme un exercice de remplissage de cases, en revanche, vont devoir changer de logiciel mental.

Le référentiel n'a pas bougé. C'est l'exigence de preuve qui change

Commençons par lever une confusion répandue. Le Référentiel National Qualité, que le décret n° 2019-565 du 6 juin 2019 a fixé, repose sur 7 critères et 32 indicateurs. Cette structure est rigoureusement stable depuis 2019. Le guide de lecture qui en précise l'application est, à ce jour, la version en vigueur, la V9 du 8 janvier 2024, publiée par la DGEFP au ministère du Travail. Il n'existe, au moment où j'écris ces lignes, aucune version postérieure : le socle est le même qu'hier.

Ce que beaucoup n'ont pas vu venir, c'est que la stabilité du référentiel ne signifie nullement la stabilité du contrôle. On peut laisser 7 critères et 32 indicateurs parfaitement inchangés et, dans le même temps, durcir radicalement la manière dont on vérifie qu'ils sont satisfaits. C'est exactement ce qui se joue. Le texte ne bouge pas ; l'exigence de preuve, elle, se relève d'un cran. Et c'est précisément là que se trouve le basculement : de la preuve déclarée à la preuve démontrée.

« On peut laisser 7 critères et 32 indicateurs parfaitement inchangés et, dans le même temps, durcir radicalement la manière dont on vérifie qu'ils sont satisfaits. »

Ce que change vraiment le plan du 24 juillet 2025

Le plan d'amélioration de la qualité et de lutte contre la fraude dans la formation professionnelle, présenté le 24 juillet 2025, poursuit un objectif simple à formuler et exigeant à tenir : assécher la formation fictive ou indigente qui prospère à l'abri d'une certification obtenue sur dossier. Trois orientations le structurent, et chacune déplace le curseur vers le terrain.

La première est une extension du périmètre. L'obligation Qualiopi est appelée à concerner l'ensemble des organismes préparant à des certifications professionnelles — y compris ceux qui sont financés par les frais de scolarité des apprenants et ceux qui relèvent des fonds d'assurance formation des travailleurs non salariés. Autrement dit, la certification cesse d'être une affaire réservée aux seuls organismes vivant de la commande publique : elle devient la norme partagée de tout acteur sérieux du champ certifiant.

La deuxième est un renforcement des audits, et c'est sans doute le point le plus structurant. Le plan prévoit un contrôle systématique des organismes sur site, la présence obligatoire du dirigeant lors de l'audit, et l'obligation pour les auditeurs eux-mêmes de détenir une formation certifiante. France Compétences se voit par ailleurs confier la coordination des certificateurs, avec l'appui du Cofrac. Chacune de ces mesures vise la même cible : empêcher qu'un audit se résume à la lecture d'un classeur transmis à distance.

La troisième concerne l'apprentissage, secteur en forte croissance et terrain privilégié des dérives, pour lequel de nouveaux indicateurs sont introduits. L'ensemble dessine une cohérence : on ne révise pas le socle, on muscle la vérification et l'on élargit le filet.

L'audit sur site et le dirigeant présent : un changement de nature

Je veux insister sur deux mesures, parce qu'elles disent à elles seules tout le sens de la réforme. La première est le contrôle systématique sur site. Un audit documentaire se prépare : on soigne ses pièces, on lisse ses procédures, on présente une organisation idéale qui n'existe parfois que sur le papier. Un audit sur site, lui, se vit : l'auditeur voit les salles, parle aux formateurs, croise les apprenants, vérifie que le processus décrit dans le manuel qualité ressemble à ce qui se passe réellement le mardi matin. La distance entre le dit et le fait, qu'un dossier bien tenu peut masquer, devient sur place beaucoup plus difficile à dissimuler.

La seconde est la présence obligatoire du dirigeant. Elle peut paraître anecdotique ; elle ne l'est pas. Elle signifie que la qualité ne peut plus être déléguée à un responsable qualité solitaire qui empile des preuves pendant que la direction regarde ailleurs. Faire venir le dirigeant à la table de l'audit, c'est affirmer que la qualité d'un organisme de formation est une responsabilité de direction, pas une formalité administrative sous-traitée. Et qu'auditer un dispositif, c'est aussi auditer l'engagement réel de ceux qui le pilotent.

« Un audit documentaire se prépare. Un audit sur site se vit. C'est toute la différence entre prouver qu'on a écrit la qualité et prouver qu'on la pratique. »

FAFCEA 2026 : une échéance concrète et proche

Pour mesurer que ce mouvement n'a rien de théorique, il suffit de regarder un financeur précis. Au FAFCEA, le fonds d'assurance formation qui finance les chefs d'entreprise artisanale, Qualiopi est désormais exigée pour bénéficier d'un financement depuis le 1ᵉʳ janvier 2026. Une période de transition reste ouverte : les dépôts demeurent possibles pour les organismes non certifiés jusqu'au 30 juin 2026. Mais à compter du 1ᵉʳ juillet 2026, seuls les organismes certifiés seront éligibles.

L'échéance est nette, et elle illustre la logique d'ensemble : la certification n'est plus un label de confort que l'on obtient quand on a le temps, c'est la condition d'accès au financement, fonds par fonds, avec des dates couperets. Un organisme qui aurait considéré Qualiopi comme un projet à conduire « un jour » découvre, financeur après financeur, qu'il n'a plus le luxe de l'attente.

Pourquoi un certificateur accrédité change la donne

Il faut rappeler un point trop souvent ignoré : la certification Qualiopi n'est pas délivrée par l'administration, ni par l'organisme lui-même. Elle l'est exclusivement par des organismes certificateurs accrédités par le Cofrac, selon la norme ISO/IEC 17065 relative à la certification de produits, processus et services. Cette architecture — un tiers de confiance accrédité qui engage sa propre crédibilité — est ce qui donne à Qualiopi sa valeur opposable.

Or le plan de 2025 ne durcit pas seulement le contrôle des organismes : il renforce aussi la coordination et la supervision des certificateurs, en confiant à France Compétences un rôle de chef d'orchestre appuyé par le Cofrac. La conséquence est logique : un certificateur mieux surveillé sera mécaniquement plus exigeant envers les organismes qu'il audite. La chaîne de confiance se resserre de bout en bout. Pour l'organisme honnête, c'est une protection : la valeur de son certificat augmente à mesure que celui des resquilleurs devient plus difficile à obtenir.

La vraie réponse n'est pas d'empiler des PDF

Que faut-il en conclure, concrètement, quand on dirige un organisme de formation ? Surtout pas qu'il faut produire deux fois plus de documents. C'est l'erreur que je vois poindre dès qu'un durcissement s'annonce : la tentation de répondre à une exigence de qualité réelle par une inflation de la preuve formelle. On double les procédures, on multiplie les captures d'écran, on archive tout, et l'on retombe exactement dans le travers que la réforme entend corriger.

La bonne réponse est inverse. Si l'auditeur vient sur site, parle aux formateurs et vérifie le terrain, alors la qualité doit d'abord exister dans le terrain : des parcours pédagogiques cohérents, une évaluation réelle des acquis, un suivi des apprenants qui laisse une trace parce qu'il a eu lieu, et non parce qu'on l'a fabriqué la veille de l'audit. La preuve, dans ce nouveau régime, n'est plus un artefact que l'on produit pour l'audit : c'est la trace naturelle d'une activité pédagogique qui se déroule correctement. Quand le processus est bon, la preuve existe déjà.

C'est précisément la conviction qui structure notre travail chez E²SN. Nous accompagnons les organismes dans cette bascule, à la fois par le conseil — repenser les processus avant les classeurs — et par l'outillage. Avec E²SNauthor, la traçabilité des parcours, l'évaluation des acquis et le suivi des apprenants ne sont pas des pièces à reconstituer après coup : elles découlent de l'usage normal de la plateforme. La preuve n'est plus un fardeau documentaire ajouté à la qualité ; elle est le sous-produit d'une qualité réellement pratiquée. C'est, à mes yeux, la seule manière sereine d'aborder un audit sur site : ne rien avoir à mettre en scène, parce que tout est déjà là.

Ce qu'il faut retenir

Le socle de Qualiopi ne change pas : 7 critères et 32 indicateurs, fixés par le décret du 6 juin 2019, avec un guide de lecture dont la version en vigueur reste la V9 du 8 janvier 2024. Ce qui durcit en 2026, c'est le contrôle : audits systématiques sur site, dirigeant présent, auditeurs certifiés, extension de l'obligation à tous les organismes certifiants, et échéance FAFCEA au 1ᵉʳ juillet 2026. La certification reste l'apanage des seuls certificateurs accrédités Cofrac (ISO/IEC 17065), désormais mieux supervisés. Conséquence pour les organismes : la réponse n'est pas d'empiler des PDF, mais de pratiquer une qualité dont la preuve se constitue d'elle-même.

Vous dirigez un organisme de formation et vous voulez aborder le durcissement 2026 sans empiler des PDF ? E²SN vous accompagne — conseil et outils — pour pratiquer une qualité dont la preuve se constitue d'elle-même, prête pour un audit sur site.

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