L'IA sait produire un module en quelques minutes. Elle ne sait pas décider qui pourra le suivre. Cette décision - l'accessibilité - se prend à la conception, et elle reste la nôtre.

L'accessibilité n'est plus une question de bonne volonté, c'est un cadre

Depuis le 28 juin 2025, la directive européenne sur l'accessibilité (European Accessibility Act, directive UE 2019/882) impose l'accessibilité d'un large éventail de produits et services numériques. En France, elle prolonge une obligation déjà ancienne (loi de 2005) et un référentiel exigeant, le RGAA, édité par la DINUM, avec ses 106 critères de contrôle. Techniquement, la boussole reste le standard du W3C, WCAG 2.2, devenu recommandation officielle en 2023 : quatre principes - perceptible, utilisable, compréhensible, robuste. Pour un organisme de formation, la question n'est donc plus « faut-il rendre accessible ? », mais « comment le faire dès la conception ? ».

Et c'est précisément là que l'IA peut aider - à sa place

Générer des alternatives textuelles pour les images, produire une version simplifiée d'un texte dense, proposer des sous-titres, décliner un contenu en plusieurs formats : autant de tâches où l'IA fait gagner un temps précieux. Mais - et le mot est important - elle propose, elle ne valide pas. Une alternative textuelle générée qui décrit mal une image exclut au lieu d'inclure. La règle est donc simple : l'IA assiste, l'humain vérifie et décide. C'est aussi ce qu'impose la transparence au sens de l'article 50 du règlement européen sur l'IA (applicable le 2 août 2026) : les contenus générés par IA doivent être signalés comme tels. Chez nous, cela se traduit par un principe non négociable - tout contenu produit par l'IA est marqué et repasse par un regard humain avant d'atteindre l'apprenant.

« L'IA assiste, l'humain vérifie et décide. Une alternative textuelle générée qui décrit mal une image exclut au lieu d'inclure. »

Concevoir accessible, ce n'est pas ajouter, c'est penser autrement

Le cadre le plus utile ici n'est pas une norme, c'est une philosophie de conception : la conception universelle des apprentissages (UDL), formalisée par le CAST. Son idée : prévoir, dès le départ, de multiples moyens de représentation (le « quoi » de l'apprentissage), d'action et d'expression (le « comment »), et d'engagement (le « pourquoi »). Un contenu pensé pour la diversité des apprenants dès la première maquette n'a pas besoin d'être « rendu accessible » après coup - il l'est par construction. L'IA, utilisée dans ce cadre, devient un accélérateur de variantes ; utilisée sans lui, elle industrialise l'uniformité.

Accessibilité et qualité pédagogique vont dans le même sens

Les travaux de Richard Mayer sur l'apprentissage multimédia le montrent : on apprend mieux quand on retire le superflu (principe de cohérence), quand on associe une image à une narration orale plutôt qu'à un texte à l'écran (principe de modalité), quand on évite de dupliquer à l'écran ce qui est déjà dit (principe de redondance). Or ces principes, qui allègent la charge cognitive de tous, servent aussi ceux qui en ont le plus besoin. Sous-titrer, structurer, simplifier : ce qui aide une personne malentendante ou dyslexique améliore, en réalité, l'expérience de chacun. L'accessibilité n'est pas un coût imposé par une minorité - c'est un standard de qualité pour tous.

Un enjeu d'équité, aussi

Les personnes en situation de handicap représentent environ 16 % de la population mondiale, et pourtant elles sont rarement associées aux systèmes d'IA qui les concernent (The Conversation). Concevoir avec l'IA sans penser à elles, c'est prendre le risque d'automatiser l'exclusion à grande échelle. Le formateur, lui, a l'occasion inverse : faire de l'IA un levier d'inclusion, à condition de garder la main.

Ce qu'il faut retenir

L'accessibilité de la formation numérique est désormais un cadre (EAA depuis juin 2025, RGAA, WCAG 2.2), pas une option. L'IA peut accélérer la production de variantes accessibles (alternatives textuelles, versions simplifiées, sous-titres) - à condition qu'un humain vérifie et que les contenus générés soient signalés (article 50 de l'IA Act, applicable le 2 août 2026). La bonne méthode est la conception universelle (UDL) : penser tous les apprenants dès le départ. Les principes de Mayer le confirment : ce qui rend accessible rend aussi plus efficace.

Vous voulez concevoir des formations que tout le monde peut suivre, en utilisant l'IA comme un levier d'inclusion et non d'uniformité ? E²SN vous accompagne - conseil et outils - pour une accessibilité pensée dès la conception.

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