Aimer une formation ne dit rien de ce qu'on y a appris. C'est une évidence pédagogique, longtemps restée dans l'angle mort de nos questionnaires. Le nouveau Référentiel National Qualité la prend enfin au sérieux.

Le « smiley » de fin de stage mesure le plaisir, pas le progrès

Depuis Donald Kirkpatrick, on distingue quatre niveaux d'évaluation d'une formation. Le niveau 1, la « réaction », mesure à quel point les participants ont trouvé l'expérience agréable et pertinente. Le niveau 2, l'« apprentissage », mesure ce qu'ils ont réellement acquis. Ce ne sont pas deux nuances du même thermomètre : ce sont deux mesures différentes. Et comme le résume la chercheuse Nora Yennek dans la revue Savoirs, l'évaluation par les formés, « n'ayant que peu de prise sur les apprentissages, porte principalement sur la satisfaction ». Nous mesurons, par défaut, le plus facile - pas le plus important.

Ce n'est pas une intuition, c'est un résultat de recherche

La méta-analyse de référence sur le sujet (Uttl, White et Wong Gonzalez, Studies in Educational Evaluation, 2017) est sans appel : les notes de satisfaction attribuées aux enseignements expliquent au mieux 1 % de la variabilité de ce que les apprenants ont réellement appris ; et lorsqu'on tient compte de leur niveau initial, la corrélation entre satisfaction et apprentissage devient nulle. Traduction : un formateur peut récolter d'excellentes notes sans que personne n'ait progressé - et l'inverse est tout aussi vrai.

« Un formateur peut récolter d'excellentes notes de satisfaction sans que personne n'ait progressé. C'est précisément ce que l'Indicateur 33 vient corriger. »

C'est exactement ce que vient corriger le nouvel Indicateur 33

Le décret n° 2026-728 du 1ᵉʳ août 2026, applicable au 1ᵉʳ novembre 2026, fait passer le référentiel de 32 à 33 indicateurs. Le trente-troisième demande au prestataire de mettre en place « un dispositif d'évaluation des contenus et des enseignements par les apprenants, distinct du recueil général de satisfaction », dont les résultats sont « partagés avec les équipes pédagogiques » et « donnent lieu à la formalisation d'une démarche d'amélioration continue ». Le mot qui compte est « distinct ». On ne vous demande plus seulement si vos apprenants étaient contents. On vous demande d'évaluer ce qui a été enseigné, et d'en faire quelque chose.

La bonne nouvelle : bien fait, ce travail est le plus rentable de tous

John Hattie, qui a synthétisé plus d'un millier de méta-analyses, place le feedback parmi les leviers les plus puissants de l'apprentissage, avec une taille d'effet d'environ 0,70 - très au-dessus du seuil (0,40) à partir duquel une pratique fait une vraie différence. (Des travaux plus récents nuancent ce chiffre vers le bas ; l'ordre de grandeur reste élevé.) Autrement dit, évaluer les enseignements pour les améliorer n'est pas une formalité administrative : c'est l'un des meilleurs investissements pédagogiques qui soient. À condition de concevoir l'évaluation comme un dialogue au service de la progression, et non comme une sanction terminale.

Concrètement, que faire ?

Distinguer, dans vos outils, la satisfaction (utile, mais insuffisante) de l'évaluation des acquis et des enseignements : quiz de positionnement et final, productions, comparaison avant/après, retours qualitatifs analysés en équipe. Puis boucler la boucle : partager ces résultats avec vos formateurs et en tirer des ajustements tracés. La satisfaction reste un signal ; elle cesse d'être la seule preuve.

Ce qu'il faut retenir

L'Indicateur 33 du Référentiel National Qualité (décret 2026-728, application au 1ᵉʳ novembre 2026) impose un dispositif d'évaluation des contenus et des enseignements distinct du recueil de satisfaction. La recherche est claire : la satisfaction ne prédit pas l'apprentissage (Kirkpatrick niveau 1 ≠ niveau 2 ; Uttl et al., 2017), tandis que le feedback bien mené est l'un des plus puissants leviers de progrès (Hattie). La réponse n'est pas un questionnaire de plus, mais un dispositif qui recueille, distingue et historise ces évaluations au fil de l'eau.

Vous voulez distinguer la satisfaction de l'évaluation réelle des acquis, et en faire une démarche d'amélioration continue tracée ? E²SN vous accompagne - conseil et outils - pour être prêt pour l'Indicateur 33.

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